La photographie en tant que motif, texture, espace, à la fois fragmentée, tronquée ou déformée ; la vidéo comme séquence d’actions et phénomènes fulgurants ou surprenants ; tel est le programme auquel le public est convié. Dans une salle obscure : Point de Rupture réunit les vidéos Casser l’image et Breakdown réalisées respectivement en 2009 et 2013. Dans une salle en pleine lumière : La résistance des lignes, une série «d’images imprimées», le plus récent projet de l’artiste.
POINT DE RUPTURE
Dans mes projets antérieurs, la caméra (photo ou vidéo) a souvent été le témoin d’actions où des objets et des matériaux étaient mis à l’épreuve...
Ce constat que l'artiste fait sur son propre travail s’illustre ici avec éclat ! Dans Breakdown, littéralement en pleine chute libre dans le ciel, une maison se défait sous l’effet de la friction de l’air. S’il s’agit d’une animation 3D, aucun effort n’a été ménagé pour rendre cette dislocation en temps réel la plus réaliste et fascinante possible. Dans Casser l’image, la chute dans le vide n’a toutefois plus rien de virtuelle et d’imprévisible. La douzaine de grandes plaques de verre qui se fracassent sur le plancher de béton d’un vaste espace vide sont bien réelles. Si seulement quelques secondes où tout vole en éclats sont offertes au public, les 10 minutes suivantes consacrées au balayage du verre mettent en lumière ce qu’impliquent ces mises à l’épreuve.
LA RÉSISTANCE DES LIGNES
En pliant plusieurs fois sur elle-même une feuille de papier, on obtient en la dépliant un agencement de lignes qui s’entrecroisent. Les tracés peuvent être symétriques ou non selon les directions données aux plis. Dans La Résistance des lignes, ce procédé simple sert de point de départ à des assemblages faits de treillages rigides aux cellules diverses sur lesquels s’agglutinent des masses plâtrées qui viennent donner un caractère gras et partiellement informe aux trajectoires rectilignes. Ces protubérances dont l’une des surfaces est plane, tout comme l’armature en plastique sous-jacente, servent étonnamment de supports partiels à des images photographiques qui le deviennent tout autant. S’agit-il de tableaux, de sculptures ou de photographies ? De quoi est-il question ? Gwenaël Bélanger s’applique manifestement à brouiller les directions, car si les lignes résistent, les catégories et les sujets disparaissent dans les vides qu’il a créés autour de ces mêmes lignes.
Depuis 2000, les œuvres de Gwenaël Bélanger ont été présentées dans le cadre de plusieurs expositions individuelles et collectives au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. Il a également réalisé un bon nombre de projets d’intégration de l’art à l’architecture. L’artiste est aussi professeur à l’École des arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Originaire de Rimouski, il vit et travaille à Montréal.