Prenant comme sujet Murdochville, ville minière au cœur des Chic-Chocs en Gaspésie, le duo d’artistes-documentaristes Rick Miller (Toronto) et Geneviève Thibault (Matane) se penche sur les points de convergence entre le geste photographique et l’exploitation minière, notamment les manières dont ces pratiques scrutent, analysent et prélèvent dans un territoire ciblé. Il s’agit d’une première présentation publique de ce projet commencé en 2024.
Le point de départ de Reprendre et déposer est la découverte en 2021 d’un lot de photographies ayant appartenu à Alfred Miller (1880-1983), grand-père de Rick et premier prospecteur à repérer la présence du cuivre dans les Chic-Chocs. Plusieurs de ses images témoignent de ses 40 années d’efforts pour concrétiser l’exploitation du gisement. Parmi elles, le duo y trouve des vues panoramiques en lien avec la promotion du site de la future mine. L'idée d’en rephotographier * quelques-unes devient un projet. Toutefois, l’absence de coordonnées des points de vue originaux et leur difficulté d’accès, les défis techniques du recadrage et la météo souvent défavorable alliés à une possible reprise des opérations minières interrompues depuis 1999 modifient leur plan. Les travaux de forage associés à ce projet de relance, la parole de murdochvillois-es sur leur milieu de vie, ou encore les pérégrinations du duo dans les vestiges de cinq décennies d’excavation, font également partie de cette collecte d’images et de sons.
Ce premier montage en salle s’inscrit dansMATIÈRES À PROJECTION, une initiative du centre prenant la forme de bancs d’essai où le projecteur vidéo occupe un rôle prédominant dans un esprit de recherche et d’expérimentation. Les artistes s’en servent ici en fonction de leur sujet pour faire entrevoir des strates du passé, cadrer le présent et imaginer des futurs possibles.
* rephotographier : action de refaire une photographie d’un même lieu et sous le même point de vue, mais à deux moments différents. Elle permet de documenter le changement intervenu pendant la période qui sépare les deux clichés.
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Originaires de la Gaspésie, Rick Miller (Murdochville) et Geneviève Thibault (Matane) en sont à leur deuxième projet en duo. En 2018, ils réalisaient avec la cinéaste crie Jules Koostachin Géographies de l’intime/Ancestral Landscapes, court-métrage et série photographique basés sur l’histoire personnelle de Rick Miller. L’œuvre a été présentée dans le cadre de plusieurs expositions au Québec et au Canada.
RICK MILLER se définit comme un «Mad Artist» * et l’exploration de sa propre folie est au cœur de son travail créatif. Ses œuvres ont été présentées à plusieurs endroits au Canada, aux États-Unis, en Europe ainsi qu’au Japon. Il est titulaire d’une maîtrise en arts (médias documentaires) de la Toronto Metropolitan University, il est également un membre actif de l'organisme Workman Arts (Toronto).
Montrer la relation des humains avec leur milieu de vie, le faire avec éthique et dans un questionnement tous azimuts caractérisent la poursuite artistique de GENEVIÈVE THIBAULT. Ses œuvres ont été présentées dans le cadre de plusieurs expositions au Québec et au Canada. Il s’agit pour elle d’une troisième exposition au centre. L’artiste détient une maîtrise en pratique des arts de l’Université du Québec en Outaouais et mène également en parallèle une carrière d’enseignante en photographie au Cégep de Matane.
* Le terme désigne ici des artistes qui vivent avec des enjeux de santé mentale et qui revendiquent le qualificatif de «mad» comme une source de fierté, de résistance et de position politique.